Coups de coeur - Juin 2013

Umi no Teppen

umi-no-teppen

Informations sur le titre :

Titre original : 海の天辺 - Umi no Teppen
Mangaka : KURAMOCHI Fusako
Editeur original : Shueisha
Prépublié dans : Betsuma
Année : 1988
Nombre de volumes : 4 (terminé)
Genre : Shôjo - Romance

Titre : Umi no Teppen
Scantrad US : JShoujo Scans
Scantrad FR : aucune (?)

Résumé :

"Les sirènes tombent amoureuses du premier humain qu'elles voient."
Shiina est une élève de troisième typique. Enfin, si l'on excepte sa taille, qui lui fait dominer les autres élèves de sa classe. Elle n'a jamais rencontré qui que ce soit qu'elle ait à regarder en levant les yeux, jusqu'à ce qu'un jeune professeur arrive dans son collège. Mais, parce qu'il est beau et facile d'accès, les autres filles de troisième font de lui l'idole du collège et il y a peu de chances qu'il la remarque. Tout change lorsqu'un beau jour, ils se retrouvent dans le même train à l'heure de pointe. Elle constate avec surprise que non seulement il l'a reconnue, mais qu'il se rappelle aussi son nom ! Qu'est-ce que ça pourrait bien dire ?

Avis :

On connaît toutes (à moins qu'on ne se soit trouvées directement concernées) une fille qui, adolescente qui est tombée amoureuse, ou du moins a ressenti une forte attirance, pour un de ses professeurs, ou un homme plus âgé ayant un certain statut. Il n'est donc pas étonnant que ce soit un élément d'intrigue récurrent dans les shôjo mangas. Cela dit, j'imagine qu'il n'y a que dans les mangas que ça va plus loin, soit que le professeur se trouve lui aussi secrètement attiré par son élève, soit que la fille soit suffisamment bête pour s'acharner, imaginant qu'il pourrait se passer quelque chose. Ce qui est, à mon humble avis, totalement malsain et pas le bon moyen de faire une série réussie. J'ai donc été très agréablement surprise en découvrant que Umi no Teppen ne verse pas dans ce travers. Ce n'est pas une histoire d'amour entre une élève et son professeur et l'héroïne n'est pas une petite dinde ! Je sais que les termes sont bateaux, mais la mangaka fait preuve de réalisme et de subtilité dans sa description des sentiments de l'héroïne et des situations qu'elle traverse. Shiina est très attirée par son professeur, on peut comprendre pourquoi, et elle pense que c'est de l'amour. Elle n'en doute absolument pas. Mais on est amené, mine de rien, à s'interroger à ce sujet. Est-ce que c'est de l'amour qu'elle ressent ? Qu'est-ce que ça veut dire, pour une adolescente de 14 ans, être amoureuse d'un homme qui doit en avoir 10 de plus ? Comment ça se passerait s'ils se mettaient ensemble ? Et je ne parle pas uniquement de l'aspect sexuel car, de fait, la sexualité est peu abordée dans la série. Mais leurs vies sont radicalement différentes et ils se trouvent à des points différents de leur existence. Et puis, comment réagirait leur entourage ? Tous ces problèmes sont évidents mais tout le talent de la mangaka, c'est de ne pas nous les balancer à la figure. Au contraire, elle nous les expose graduellement, mais à travers l'histoire, sans une seule fois les formuler explicitement. A tel point qu'on peut se demander si l'héroïne en a bien conscience. Il est évident que ces questions sont quelque part en elle, puisqu'elle s'y trouve confrontée et qu'elle n'est pas idiote, mais tout le talent de l'auteur, c'est de nous montrer, là encore mine de rien, à quel point il est difficile pour elle d'accepter ces problèmes, qui sont quand même difficilement surmontables. Et dans ces conditions, les sentiments de Shiina pour son prof et l'exaltation qu'elle ressent sont touchants au lieu d'être agaçants, on compatit avec elle. On voit bien qu'elle est confrontée pour la première fois à des sentiments aussi forts, qui la dépassent, et qu'elle a envie de rêver, mais elle ne vit pas dans un univers parallèle pour autant. Au fond d'elle, elle sait bien que cet amour est impossible.
Ce que j'apprécie aussi, c'est que la mangaka s'intéresse aux relations de Shiina avec son entourage, ses amies, ses camarades de classe, sa famille, ses profs... Ils seront tous affectés de manière différente par l'amour de Shiina, il y en a à qui elle le dira, d'autres à qui elle le cachera, d'autres qui le découvriront... L'auteur va vraiment au fond des choses mais ce n'est pas ennuyeux pour autant, on n'a pas l'impression qu'elle coupe les cheveux en quatre. En effet, à travers l'attirance de Shiina pour son professeur, Kuramochi Fusako s'intéresse à bien d'autres thématiques et elle explique particulièrement bien, sans jamais verser dans la démonstration, à quel point toutes les préoccupations de l'adolescente sont liées. La mangaka crée un univers très cohérent et je trouve qu'elle a particulièrement bien saisi la mentalité des adolescents auxquels elle s'intéresse. Pour eux, le collège représente l'alpha et l'oméga, c'est leur seul horizon et tout ce qui s'y passe prend une importance exacerbée. Bien gérer ses relations avec ses camarades de classe, ne vexer personne tout en essayant de s'épanouir est donc un exercice particulièrement délicat. On perçoit également que le monde des adultes, tout ce qui est au delà du collège en fait, leur semble un peu mystérieux. C'est pour cela que Shiina n'imagine jamais ce que pourrait être une relation amoureuse avec son professeur, et qu'elle ne baisse donc pas les bras. Pour elle, tout ce qui n'appartient pas à son monde est flou. Mais cependant, elle est intelligente et courageuse. Elle a envie de progresser et ne baisse pas les bras fasse aux difficultés, ce qui la rend très attachante.
De plus, les personnages sont particulièrement nuancés et la mangaka se garde bien de les juger, laissant à ses lecteurs le soin de le faire, ce qui laisse la place à la réflexion. J'ai déjà expliqué ce qu'il en était de Shiina mais je trouve aussi le personnage du professeur intéressant car ambigu. On sent qu'il a de bonnes intentions, qu'il n'est pas mauvais mais en même temps, on se demande si quelque part, il n'apprécie pas d'être placé sur un piédestal par les élèves. Est-ce que le fait qu'il soit proche de ses élèves alors que les autres professeurs semblent au contraire très distants et pas particulièrement intéressés fait de lui un bon professeur, ou est-ce qu'au contraire il a du mal à placer la limite et à accepter le fait qu'un professeur, ce n'est pas un ami ? Qu'est-ce qui, parmi les erreurs qu'il effectue, est lié à de l'inexpérience, et qu'est-ce qui est dû à des défauts, des failles dans sa personnalité ?
Enfin, un autre bon point fondamental pour toute série de ce genre, c'est que la fin est difficilement prévisible. Je ne sais pas encore comment la série se termine mais je peux dire que la mangaka amène sa fin progressivement et que rien n'est joué d'avance.
Un autre point que j'ai trouvé intéressant, c'est que cette série a été publiée en 1988 et qu'elle a donc mon âge. Pour un manga, et particulièrement un shôjo, genre qui se renouvelle assez vite, ça commence à faire vieux. Or cette série n'a absolument pas vieilli ! C'est peut-être le style des dessins qui la trahit, même si personnellement, je les apprécie beaucoup mais sinon, à la lecture, j'ai vraiment tendance à oublier que la série ne se passe pas de nos jours.
Sinon, je voulais aussi faire remarquer qu'une autre série de Kuramochi Fusako, mais ultérieure, est publiée en France par Akata : Simple comme l'amour. Je ne la lis pas, étant complètement fauchée, mais vu la qualité de Umi no Teppen, elle a été rejoindre derechef ma liste de séries à commencer. Je vous conseille d'y jeter un coup d'oeil à l'occasion et, surtout, de lire Umi no Teppen !

Coups de coeur rédigés par Caro

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