Coups de coeur - Juin 2014

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Baraô no sôretsu

Barao

Informations sur le titre :

Titre original : 薔薇王の葬列 - Baraô no sôretsu
Mangaka : KANNO Aya
Editeur original : Akita Shoten
Prépublié dans : Princess
Année : 2013
Nombre de volumes : 1 (en cours)
Genre : Shôjo - Drame, historique, surnaturel

Titre : Baraô no sôretsu
Scantrad US : Crimson Flower
Scantrad FR : aucune (?)

Résumé :

Richard, l’ambitieux troisième fils de la famille York, croit qu’il est maudit, condamné depuis sa naissance aux ténèbres éternelles. Mais est-ce vraiment le destin qui le pousse à l’autodestruction ? Ou alors ses propres désirs tourmentés ? Adaptée de la première version de Richard III, la tragédie de Shakespeare, la fantasy noire d’Aya Kanno s’intéresse à un homme qui pourrait être roi, tiraillé entre deux mondes, entre deux classes, entre le bien et le mal.

Avis :

D’habitude pas fan des adaptations d’œuvres littéraires (disons que ce genre ne m’intéresse pas), j’ai vraiment accroché à Baraô no sôretsu. Bon, pour éviter les malentendus, autant l’annoncer dès le départ : ce n’est pas une adaptation littérale de la tragédie de Shakespeare, et le réalisme historique n’est pas sa priorité non plus. Personnellement, ça ne m’a pas dérangé, pour la simple et bonne raison que je ne connais quasiment rien à l’histoire anglaise, et encore moins à cette période (pendant la Guerre des deux roses), et que je n’ai lu ni Richard III ni Henri IV, qui sert aussi d’inspiration à la série.

Cette série n’en est qu’à ses débuts et on ne sait absolument pas combien de temps elle va durer, mais pour l’instant, c’est un shôjo drôlement bien fait et plutôt original. Le ton est résolument sombre, et on ne risque pas d’avoir trop de surprises quant au dénouement : c’est l’adaptation d’une tragédie, donc la plupart des personnages mourront, ou finiront malheureux. Mais justement, l’intérêt de la série ne réside pas dans la façon dont elle se terminera, mais à la manière d’y arriver. A part quelques psychopathes avérés, les personnages ne sont pas foncièrement mauvais. Ils luttent contre leurs démons, ils veulent s’en sortir, mais ils ne sont qu’humains, donc faillibles et il faut avouer que parfois, les circonstances sont franchement contre eux. L’histoire débute quand Richard, le héros, n’est encore qu’un enfant et suit son évolution. On s’attache à lui, il attire facilement la compassion, mais en même temps, on est préparé d’emblée à une fin désastreuse. Ce qui rend la série intéressante, c’est que le héros n’est pas le gentil de l’histoire. Au début, ce n’est pas franchement le méchant non plus, mais j’ai dans l’idée qu’il ne tardera pas à le devenir. On voit donc les gentils, les personnages foncièrement bons, à travers son regard. On voit les sentiments ambivalents qu’il éprouve à leur égard, il est attiré par la lumière qu’ils dégagent et aspire à être comme eux, mais un gouffre les sépare. Il n’est qu’un enfant et pour lui, il est déjà trop tard. Il y a pourtant bien pire que lui mais il est tellement tourmenté qu’il ne le voit pas.

Les dessins sont typiques du shôjo, tous les personnages principaux sont jeunes et beaux, mais ça fonctionne bien et n’enlève rien à la noirceur de l’histoire. A la limite, ça la rendrait même plus tragique. Quand on est aussi beaux, on ne devrait pas gâcher sa vie en complotant et s’entretuant. Globalement, sur le plan technique, que ce soit au niveau du rythme, des dessins ou de la mise en page, tout est maîtrisé. La mangaka, Aya Kanno (l’auteur d’Otomen pour ceux qui n’auraient pas tilté), n’est clairement pas une débutante. L’accent n’est pas mis sur le réalisme, la fidélité à l’histoire ou à l’œuvre mais sur la psychologie et les relations entre les personnages. Et ça marche, on s’attache vraiment à certains personnages, sans être pour autant aveugle à leurs fautes, et on a envie d’étrangler les autres. Bien que Baraô no sôretsu se dévore aisément, la série se savoure sans doute mieux sous forme de feuilleton, afin d’avoir le temps de laisser monter le suspense et de s’interroger sur ce qu’il va advenir aux personnages : qui va mourir en premier, et comment ? Richard va-t-il péter les plombs ?